Chaque fois que nos gars rencontrent ceux d’en face, ils échangent des injures et des coups, disait Anatole France décrivant les voisins dans l’île des pingouins, un roman parodique sur les contemporains. Un siècle plus tard, rien n’a changé, malgré une période bénie où nous avons vécu non seulement expansion économique mais modèle humain plus respectueux de chacun, la paix d’après-guerre s’est dégradée, nous sommes au conflit comme mode de vie.
Les gens se détestent, se calomnient, et bien sûr, savent qu’ils ne se conforment plus aux bonnes valeurs de société. S’il existe une loi selon laquelle celui qui ne cesse de dire du mal des autres leur envoie ses propres forces, leur donne des armes, et en subisse le retour de manivelle, que faire ? 3 monothéismes qui regroupent environ 60% des humains, ne sont-ils pas basés sur un texte où l’on bannit le 1er homme puis expose rapidement le 1er fratricide ?
Si vous calomniez l’autre…
Bonjour, un simple bonjour, n’est-ce pas la base d’une société de partage où chacun veut souhaiter à l‘autre une bonne journée ? Pourquoi donc a-t-on perdu l’habitude ancestrale où l’on relevait son galurin, si l’on était un homme, un vrai, et l’on saluait une gente dame ou un simple passant… Regardez les toits de Paris et vous y verrez des milliers de petits capots de cheminée, autant d’habitants qui vivent de façon individualiste, malgré l’héritage de Sumer !
Si l’on a bien essayé d’inculquer d’autres valeurs positives aux humains au cours des siècles depuis la Mésopotamie, il n’en reste pas moins que l’on s’est éloigné de la bonne société. Le monde appartient aux gentils, titrait un livre récent ! Bénissez l’autre, selon l’étymologie, dites du bien de lui, trouvez-lui au moins une bonne qualité et parlez-en aux autres. Vous rendez service à la société ; mais, si vous le calomniez, c’est vous-même qui renforcez l’ennemi…
Bouddha déjà
Changer le monde en bien semble utopique et, pourtant, nombre de grands maîtres sont venus prodiguer la valeur d’amour, en mettant en exergue ‘aime ton ennemi’. Bouddha l’avait déjà posé comme principe sur la base de la compassion à commencer par soi ; 600 ans plus tard, Jésus le clamait à nouveau. Est-ce que l’homme est si mauvais qu’il ne peut vivre que dans la dystopie ? Que la paix soit avec vous, a clamé un certain Léon XIV le 8/5/25, urbi et orbi !
Ou, plus profondément, est-ce que l’homme a trouvé que le paraître du monde moderne était plus agréable que le respect de l’être humain qu’il est. Est-ce la désorientation (nier l’orient) des XIX/XXe s., au profit d’une occidentalisation forcenée et condescendante, qui a forgé ce nouvel état d’esprit. D’aucuns diront que c’est le grand cycle des civilisations et que le balancier va bientôt revenir. Les petites cheminées de Paris ne contemplent-elles pas la Tour Eiffel ?
L’Arménie expire mais elle renaîtra, a dit Anatole France dans son hommage, un an après le génocide de 1915 : ma sœur, lève-toi, ne souffre plus ; tu es désormais libre de vivre selon ton génie et ta foi ! C’est un pays non revanchard, le 1er à avoir adopté la chrétienté comme religion d’Etat en 301 AD, à une époque où elle n’était qu’amour inconditionnel. Pays conquis par moult peuples et qui en a toujours tiré le meilleur, au cours de ses 3000 ans d’histoire !
Saint-Ex nous dit
Prenons aussi la création de la CEE dont on fêtera déjà, l’an prochain, les 70 ans du traité de Rome (25/3/57). S’il est difficile de nommer tous les pères fondateurs, on en cite souvent 4 principaux comme aux US qui fêteront 250 ans le 4/7/26. Robert Schuman, Jean Monnet, Konrad Adenauer et Alcide De Gasperi ont choisi liberté, démocratie et égalité; respect de la dignité humaine, des droits de l’homme et de l’Etat de droit; solidarité et protection pour tous.
12 ans après l’armistice 45, c’était la paix qu’ils prodiguaient et qui perdure. Saint-Exupéry, dans Citadelle, nous dit : la seule estime qui vaille est l’estime d’un ennemi et l’estime des amis ne vaut que s’ils dominent leur reconnaissance et leurs remerciements. Voilà 10 ans, on rendait au commandant-poète et humaniste-militant un vibrant hommage au Panthéon. N’a-t-il pas influencé plusieurs générations et la célèbre chanson de Céline Dion, s’il suffisait d’aimer ?


