Livres – Le monde appartient aux gentils !

Alexandra Puppinck Bortoli, écrivain qui jongle très aisément avec philosophie et spiritualité, nous revient et met du baume au cœur en parlant de gentillesse. A-t-elle sa place dans notre monde de brutes ? Affirmatif ! Il lui suffit de 150 pages légères comme sa plume pour donner ses lettres de noblesse à un thème que l’on raille parfois pour sa naïveté. Mais n’est-ce pas que l’on a du mal à trouver sa paix intérieure dans le quotidien des mauvaises nouvelles ?

L’homme n’est-il qu’un loup pour l’homme comme l’énonce T. Hobbes, ou peut-il passer l’homme, comme le rappelle le grand penseur Pascal, en s’élevant ? Le mot ‘gentil’ prend son origine chez les patriciens romains, gens voulant dire clan ou famille mais il va voguer de noble à gueux, selon les siècles, de religieux à païens ! Le parvis des gentils à Jérusalem n’est-il pas ce lieu réservé aux non-juifs qui veulent voir le Temple sans pouvoir y pénétrer ?

Le pouvoir des gentils, une utopie?

Alors que je lisais ce beau texte au soleil d’un joli jardin où s’égayaient de jeunes enfants, j’ai vu la conduite de ‘gentils’ qui me rappelaient ma jeunesse et ce respect tant dévoyé. Mais l’on sait bien que cela peut aisément tourner au vinaigre lorsque l’on marque son territoire. La gentillesse peut être passagère ou dominante dans le caractère d’un enfant, qui se forge au cours des années. Il faudra donc veiller sur son éducation, son instruction, son élévation.

Si la gentillesse parle d’appartenance, une appartenance qui évolue comme Alexandra nous le précise, il reste que les vrais gens sont le terreau de nos sociétés. Les grands du monde auront tendance à les railler et les exploiter car avoir une ‘gentille figure’ veut tout dire. Alors, faut-il imaginer la reprise en main du monde actuel par ceux qui pourraient nous apaiser ou est-ce utopie que de croire au pouvoir des gentils ? Ce n’est pas qu’illusion, c’est possible !

Merci C.J. Jung

Malheureusement, le conflit comme mode de vie est bien ancré ! Que ce soit dans le monde des affaires où le thème de la performance domine depuis les trente glorieuses, que ce soit dans cette hypermodernité qui pousse à la consommation, que ce soit dans les réseaux sociaux qui nous encouragent au paraître, le gentil est relégué comme trop naïf. Regardez le déclin du Japon qui dominait le monde des années 80 : sont-ils malheureux pour autant ? Non !!!

En psychologie, on appelle cela la valse des opposés, merci C.J. Jung aussi cité par l’auteur. S’il faut de l’humilité (humus, un bon ancrage dans la terre) aux gentils, il leur faut aussi de la spiritualité (spir, souffle) pour être bien alignés ; ces deux éléments viennent compenser les tiraillements de la psychologie, marque forte de la dualité inhérente à l’humanité. Le gentil a naturellement une belle série d’attributs dont les très importantes responsabilité et empathie.

Le mot qui a le plus attiré mon attention est celui de magnanimité, la grandeur d’excellence que l’on retrouve chez les grands maîtres comme Bouddha et le Metta des bouddhistes ou Jésus et son commandement sur l’amour de soi, des autres, alentour, comme il nous aime. On retrouve un parallèle avec les valeurs du chevalier, gentil homme parmi d’autres et qui donne gentleman dans le monde anglo-saxon : le bien, le beau, le bon et le vrai (ou juste).

Le courage qui sourit

La gentillesse est le courage qui sourit, selon J. Renard ! Mais, peut-on associer ces deux notions qui paraissent s’opposer. Le mot courage vient du mot cœur, l’homme de cœur est celui qui se trouve à l’avant de ses troupes, cela ne l’empêche pas de sourire ! Pourquoi le voir comme le méchant ? Paradoxe pour paradoxe, attention à ne pas alors tomber dans les travers du gentil : faiblesse, aliénation, besoin de reconnaissance, manipulation, hypocrisie.

Ma seule réserve est le mot ‘appartient’ dans le titre du livre. Même si l’étymologie du gentil remonte au thème de l’appartenance, son acception actuelle nous rapporte plutôt au thème de la générosité, de la courtoisie, du bonjour échangé entre citoyens, de la petite chose ou du petit geste qui vous met en joie, tant l’émetteur que le récepteur. Nul besoin d’exploser les compteurs de la performance. Merci d’avoir fermé ce texte avec le grand R.W. Emerson.

©Martin de Waziers

L’amour est dans la nature et fondement de la gentillesse ©MW

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