PAR CHRISTIAN CAMPICHE
Quartier du Valentin à Lausanne, un homme sans caractéristiques particulières, la petite soixantaine, s’approche pudiquement de moi:
– Je suis sans le sou, vous pourriez me dépanner?
– La ville ne vous aide pas? Sa municipalité rose-verte offre des abris au démunis.
– Je touche 100 francs par mois, je ne peux pas vivre avec ça.
– D’où venez-vous?
– La Chaux-de-Fonds. Pour venir, j’ai payé mon billet de train comme tout le monde, si, si! Je souffre de fibromyalgie. Le problème c’est qu’il est très difficile de mendier ici. Les roms m’en empêchent. Dès que je me pose quelque part, plusieurs d’entre eux débarquent en essaim pour me chasser. La police laisse faire.
Il regarde une femme au fichu assise sur le trottoir un peu plus loin.
– Celle-là est particulièrement méchante.
Je ne peux m’empêcher de penser à l’époque bénie où les artistes peuplaient les rues. Les passages sous-gare retentissaient d’accords et de chants mélodieux. Des violonistes, accordéonistes, guitaristes, venus d’Europe centrale ou d’Amérique du Sud. Virtuoses parfois. Petit à petit ils ont été remplacés par de faux musiciens. Mais des vrais comédiens demandant l’aumône. Un journaliste vaudois s’était mis dans la peau de l’un d’eux. Il avait raconté comment son expérience avait tourné court. Des roms lui avaient fait comprendre qu’il devait déguerpir.
Aujourd’hui, les sous-sols de la gare de Lausanne n’expriment plus rien, hormis le grondement sourd des coulées de pendulaires pressés. Dehors, sur la place déboisée et meurtrie par les pelleteuses, des palissades entourent un chantier à l’arrêt, le prix d’une démesure (photo © Le Médusé, 28 août 2022). Agenouillée, coudes et front contre le sol, une mendiante adopte une position de prostration. Débarquant du métro, une touriste japonaise se penche sur elle. « Ukraine? ». Un billet récompensera le silence.

Éloquent, tout est dit!!!
L’incurie de notre société, l’hypocrisie de ses acteurs, l’omerta de ses médias et la naïveté, mâtinée d’un soupçon de stupidité, de sa population…
Tout à fait ! Quelle est donc cette société que nous sommes en train de préparer ?
Effectivement quelle hypocrisie ! De la bonne conscience facile et médiatiquement correcte