On dit que la vie commence dès la naissance, moi je dis qu’elle ne commence que lorsqu’elle a un but.
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Même les mots ont une âme, ils rient, il pleurent, ils se suicident…
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Si l’économie d’un pays descend, elle remontera bien un jour. Mais si la langue maternelle descend, alors elle risque bien de disparaître pour toujours. Aujourd’hui, en 2025, il existerait 7150 langues dans le monde; beaucoup de langues ne sont déjà plus; et 400 seraient en train de prendre le même chemin…
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Joseph Brodsky a déclaré dans son discours, lors de la réception du prix Nobel qui lui était attribué: « La patrie d’un poète est sa langue ». Ah qu’il dit vrai, le poète !
Les poètes ne sont d’ailleurs pas les seuls à transporter leur patrie avec eux.
Il leur suffit de parler leur langue, de la chanter, de l’écrire pour la retrouver intacte au fond de leur cœur.
Ce fut mon cas en écrivant ce livre.
Je remercie ma langue, qui m’a porté jusqu’à aujourd’hui…
Cette chronique contient des nouvelles, aphorismes, histoires vraies et autres récits écrits entre l’âge de 15 et 35 ans sous la forme d’un journal par le journaliste et écrivain genevois d’origine kirghize, Zhenishbek Edigeev. Un premier tome des “Cahiers bleus” a été publié en 2022.



Un grand MERCI à Monsieur Edigeev Zhenishbek qui grâce aux «Cahiers bleus» met le doigt sur une thématique bien plus importante qu’il ne semble au premier abord. Nous entendons souvent parler de la raréfaction et même de l’extinction des espèces végétales et animales due aux atteintes à l’environnement et à l’affolement climatique. Il en va de même pour les langues, dont le nombre serait donc de 7150 tous pays confondus. Lorsque je vivais au Brésil (une expatriation d’une quinzaine d’années) j’entendais souvent parler de tribus d’indigènes en pleine forêt tropicale qui n’étaient plus qu’une poignée à s’exprimer dans des langues promises à une mort proche.
Certes, notre langue, le français, demeure l’une des premières au monde, présente sur l’ensemble de continents. Mais en vérité elle est fragilisée par la mondialisation (English, first !) et par le tout numérique. Nous laissons mourir une kyrielle de mots expulsés de notre quotidien à cause de la crainte qu’éprouvent les médias et les communicants d’être incompris par l’ensemble du public, voire passer pour des prétentieux et des snobs. Alors, on lisse, on uniformise, on stérilise, on castre même le vocabulaire, tout simplement en oubliant que si un auditeur ou lecteur ne comprend pas le sens d’un terme il peut toujours se reporter à son dictionnaire. L’appauvrissement du «bagage culturel moyen» au sein de la population se traduit, inexorablement, par un rétrécissement de la palette des mots et expressions à notre disposition. Et depuis quelques temps, personnellement, j’observe le recours à de nouveaux arguments dans le retentissant débat sur les origines de la violence et de «l’ensauvagement» de la société : la difficulté à s’exprimer correctement que témoignent des individus réputés dangereux explique en partie leur propension aux incivilités et à la sédition ; autrement dit la violence devient (une explication en partie fallacieuse?) un langage à part entière.
Merci beaucoup pour votre lecture attentive et ce commentaire profond. Vous mettez en lumière un aspect essentiel : le lien entre la richesse du langage, la culture et la capacité à vivre ensemble. C’est exactement ce que cherchent à explorer Les Cahiers bleus — ce qui me touche d’autant plus dans votre retour.