En Occident une manifestation de rue est un signe de démocratie. Au Kirghizistan elle débouche immanquablement sur une révolution.
Dans la meilleure tradition soviétique, un prix récompense toujours les « Mères héroïques kirghizes », qui ont enfanté plus de 7 fois. Anecdote au passage: mes parents m’ont raconté un jour qu’une de ces mères sanglotait en recevant son prix, arrivé spécialement pour elle de Moscou. Elle murmura d’une voix tremblante: « Merci, merci, je vous promets que l’année prochaine je vous en ferai encore un! ».
Aux yeux des Nations Unies, le Kirghizistan se perd dans les bas-fonds du classement mondial du bien-être, son PNB est à peine visible. Mais demandez à un Kirghize comment il va — qu’il soit malade ou sans le sou — il vous dira invariablement : “Je vais bien… nous allons très bien.” Car ici, la parole est acte, et le verbe porte une foi ancienne : ce que tu dis, l’univers l’entend, et te le renvoie, comme un écho d’abondance. Ainsi, peut-être, ce peuple montagnard a-t-il su préserver, contre vents et pauvreté, un pays libre, debout, minuscule sur la carte mais immense dans l’esprit.
Cette chronique contient des nouvelles, aphorismes, histoires vraies et autres récits écrits entre l’âge de 15 et 35 ans sous la forme d’un journal par le journaliste et écrivain genevois d’origine kirghize, Zhenishbek Edigeev. Un premier tome des “Cahiers bleus” a été publié en 2022.


