Les Cahiers bleus de Zhenishbek – Il y a douze mois dans une année… Non! J’avais oublié de compter mes heures vécues sans savoir aimer

Dans ma jeunesse, j’ai pensé : si je suis riche, toutes les belles seront à moi ; si je suis riche, mon cœur sera comblé ; si je suis riche, mon prestige sera immense comme une montagne ; si je suis riche, le bonheur viendra à moi.
Non. La richesse, il faut la dépasser. La richesse n’est qu’au quinzième rang. Mes chaussettes à ta fortune, mes souliers à ta grandeur ! J’avais une mission plus haute que la richesse, plus grande que la richesse. Mais je ne l’ai vraiment compris qu’après cinquante ans passés…

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J’ai pensé : la liberté, c’est l’argent qui la donne, le pouvoir, la révolution, ou bien des relations solides comme des tanks.
Non. Je m’étais trompé. La liberté, que nul autre ne peut donner, c’est la Santé qui l’offre ! Et cela, je ne l’ai compris qu’après la cinquantaine…

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J’ai pensé : si tu ressens ton talent, il jaillira de lui-même, comme un volcan.
Non. Je m’étais trompé. Le talent, si tu ne l’exerces pas chaque jour — bien chaque jour, pas chaque mois! — si tu ne l’abreuves pas quand il a soif, si tu ne le soutiens pas quand il chancelle, si tu ne le berces pas comme un enfant dans son berceau, alors il s’éteint, s’évanouit. Et je n’avais pas gravé cela dans ma tête… avant d’avoir passé cinquante ans.

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J’ai pensé : les parents resteront toujours parents, les frères resteront toujours frères, les amis resteront toujours amis, les proches resteront toujours proches. Ils resteront toujours à toi, pour toujours.
Non. Je m’étais trompé. Tous ne sont que des hôtes de passage. Quand ils viennent, c’est la fête et ta maison se remplit de joie. Mais chaque instant, chaque au revoir est peut-être le dernier. Chaque fois que tu offres une tasse de thé, ce geste compte. Chaque mot chaleureux, chaque caresse sur les tempes est une richesse, un bonheur. Aujourd’hui ils sont là, demain déjà ils ne sont plus. Et pourtant… même après cinquante ans passés, je n’ai pas trouvé le moyen de rencontrer sans rupture, de se revoir sans fin.

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J’ai pensé : une journée dure vingt-quatre heures.
Non. J’avais oublié d’y compter les soucis. J’avais oublié d’y compter le sommeil. J’avais oublié d’y compter les heures volées, les inspirations perdues, toutes innombrables.

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J’ai pensé : il y a douze mois dans une année.
Non ! J’avais oublié de compter mes heures vécues sans savoir aimer, mes heures vécues sans savoir être ami.

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J’ai pensé : le temps résout tout.
Non. Seule compte l’énergie que tu donnes, la tendresse que tu donnes, l’inspiration qui sort de toi, l’âme que tu offres, l’amour que tu donnes. Tout le reste s’écoule en vain…

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C’est ce que j’écris aujourd’hui, sur une page blanche — après la cinquantaine…

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Cette chronique contient des nouvelles, aphorismes, histoires vraies et autres récits écrits en kirghize entre l’âge de 15 et 35 ans sous la forme d’un journal par le journaliste et écrivain Zhenishbek Edigeev. Un premier tome des “Cahiers bleus” a été publié en 2022.

Le cheval donne à l’homme le sentiment d’avoir des ailes. Photo DR

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Un commentaire à “Les Cahiers bleus de Zhenishbek – Il y a douze mois dans une année… Non! J’avais oublié de compter mes heures vécues sans savoir aimer”

  1. Catherine Schneeberger 10 mars 2026 at 10:11 #

    C’est toujours un grand plaisir de lire les écrits de Zhenishbek Edigeev, si riches et inspirés.
    Merci!

Répondre à Catherine Schneeberger

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