Force de Vie (28) – Liberté chérie… ne jamais se laisser étouffer par un conditionnement ou emprisonner par une étiquette

Si l’œuvre d’un artiste est souvent posée sur un piédestal et recouverte, sur son socle, d’un verre protecteur, fonction de sa fragilité, on s’extasiera naturellement de l’objet ! Mais, si je vous dis que l’œuvre est ailleurs, vous serez surpris ; de plus, il ne s’agit que d’un château de cartes. Vous tournerez autour en ne cherchant pas plus loin et partirez, d’un air surpris. Or, vous remarquerez des étiquettes au sol et serez tentés de les balayer d’un geste leste.

L’œuvre est cependant dans ces petits objets insoupçonnés et représente une autre forme de conditionnement ; les étiquettes qui sont répandues tel le faisceau soufflé des akènes de pissenlit, sont retirées de notre fondation : arrachées ou découpées ? On sait qu’il est facile d’en mettre sur tout ce qui bouge et qu’il n’est pas aisé de s’en débarrasser ; elles sont partie intégrante de notre culture qui veut catégoriser immédiatement la personne ou l’objet perçu.

Il faut aller plus loin que l’image

Cette œuvre m’a touché par les divers symbolismes que j’ai pu retrouver : vulnérabilité du château de carte, protection et fondation de notre système personnel, étiquettes dont nous souffrons et dont on aimerait se débarrasser, le travail d’une vie. Nous pourrions faire appel à C.G.Jung qui expliciterait le sens de tout cela, avec le risque d’avoir à gérer l’anxiété ou l’angoisse liée à cet éclaircissement. Vous aurez compris : il faut aller plus loin que l’image.

Je pense naturellement au nourrisson que l’on affuble du ‘il fera de grandes choses’ ou, un peu plus tard, du ‘contraint à l’excellence’ ou ‘peut mieux faire’. L’éducation conditionne très vite l’enfant, dans tous les sens, y c. la bonne volonté chantée par Yves Duteil. On va passer la 1ère moitié de sa vie à se voir affublé de mille étiquettes et la 2nde à faire les choix de celles que l’on veut conserver ou se débarrasser des plus encombrantes pour nettoyer les images.

Tel le sparadrap du Capitaine Haddock

Il ne faut pas oublier l’ADN familial et la psychogénéalogie : regardez comme il ressemble à untel, etc. De la protection infantile où l’on va renforcer ses racines à l’âge adulte où l’on va déployer ses ailes, on s’expose à se les faire brûler tel Icare, prendre le large par migration ou s’élever vers les hauteurs de toutes sortes. Personne n’est à l’abri du harcèlement ou de l’attaque ciblée, surtout dans le monde du deepfake et du répandage ultra-rapide du réseau.

Georges Brassens avait bien exposé la mauvaise réputation : non, les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux. D’ailleurs l’évolution du monde a tendance à nous étiqueter de plus belle avec des standards politiquement corrects et l’on est rapidement avec ou contre, la dualité de référence. Tel le sparadrap bien connu du Capitaine Haddock dans l’Affaire Tournesol, il est parfois bien difficile, rumeur enflant, de ‘décoller son étiquette’ !

Si nous revenons au château de carte, sa protection et sa fondation, nous pouvons aussi voir dans cette triade une composition où chaque élément peut attirer l’attention au détriment des deux autres, ou, au contraire être compris dans son intégrité. Autre dimension, ce que je qualifie de fragilité ou vulnérabilité s’applique à chacune des composantes dans sa fonction. Ils sont interdépendants et composent, avec élégance, la totalité de l’œuvre ou de l’homme.

Une œuvre a toujours plusieurs dimensions

Si l’on parle de soi, il faut donc veiller à renforcer le château de cartes que nous sommes en travaillant la matière intérieure par prise de conscience mais aussi amour inconditionnel de nos premiers cercles. Ce dernier est une énergie qui crée comme une cuirasse invincible. Quant à la fondation, ne montons pas à des hauteurs inconsidérées où le moindre vent peut nous faire basculer et sachons ravaler les façades pour les dégager de miasmes malsains.

Une œuvre a toujours plusieurs dimensions : le tailleur de pierres peut se réduire à la tâche ou se projeter dans la splendeur de la cathédrale qu’il construit. Il doit, cependant se pencher sur son bloc, en son intérieur, afin de pouvoir poser un élément solide de l’ensemble, que ce soit une pierre d’angle, un linteau ou la clef de voûte. Le plus important est de ne jamais se laisser étouffer par un conditionnement ou emprisonner par une étiquette : liberté chérie

©Martin de Waziers

“Label n°36 : the trap” avec autorisation de l’artiste, Victor Stinglhamber

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