Sacrée amarante!


Diverses espèces d’amarantes (photo DR) sont cultivées pour l’alimentation en Asie, en Amérique et en Afrique. Elles jouèrent aussi un rôle alimentaire important dans les civilisations mayas, aztèques et incas. Depuis plusieurs millénaires, les graines ont été consommées grillées ou apprêtées sous forme de farine, tandis que les feuilles étaient cuisinées comme légumes verts. Pour le peuple aztèque, l’amarante possédait une valeur nutritionnelle, thérapeutique et rituelle. Mais, après la conquête espagnole du Mexique, la culture fut interdite, car elle servait dans divers offices religieux aztèques. Du fait de cette interdiction et la violente répression qui sévissait à l’encontre des jardiniers qui continuaient à la cultiver, l’amarante a presque totalement disparu de l’alimentation mexicaine alors même qu’elle entrait dans la constitution de très nombreux plats aztèques.

Cette plante fait reparler d’elle ces derniers temps, puisque les herbicides utilisés dans les plantations d’OGM l’ont rendue plus forte. Doit-on s’en réjouir? La réponse est: oui! La plante s’est adaptée à son environnement et s’est démultipliée, rien qu’aux États-Unis, 5’000 hectares de soja transgénique ont dû être abandonnés par les agriculteurs, et 50’000 autres de par le monde sont gravement menacés. Cette panique est due à l’amarante qui a décidé de faire de la résistance face au géant de l’industrie chimique. Insolente, cette plante mutante prolifère et défie l’herbicide à base de glyphosphate, auquel nulle mauvaise herbe n’est censée résister. Mieux, cet herbicide à base de glyphosphate et d’ammonium a exercé sur l’amarante une pression énorme qui a encore accru sa vitesse d’adaptation. Ainsi, suite aux traitements sélectifs des champs, un gène de résistance aux herbicides a, semble-t-il, donné naissance à une plante hybride. Et depuis, l’amarante est devenue impossible à éliminer. Et ceci n’est pas pour nous déplaire, bien entendu.

Alors que la famine frappe des centaines de millions d’être humains, la solution nous vient de cette plante si appréciée jadis par les Incas. En effet, la seule manière de se débarrasser de l’amarante considérée par les industriels comme étant une mauvaise herbe, c’est de l’arracher à la main, comme on le faisait autrefois, mais ce n’est pas possible étant donné l’étendue des cultures. En outre, ces herbes, profondément enracinées sont très difficiles à arracher, si bien que des milliers d’hectares de terre cultivable sont menacés d’abandon. 

Lorsque la plante sacrée des Incas fait de la résistance face au Roi des désherbants, c’est un formidable espoir pour nourrir l’Humanité et un beau pied de nez à la chimie dévastatrice. Mais au fait, d’où vient le nom de cette plante indisciplinée? Amarante se dit en grec «amarantos» qui signifie « qui ne flétrit pas ». De plus, c’est l’une des rares fleurs à avoir donné son nom à une couleur. D’origine tropicale, cette plante porte des inflorescences rouge pourpre, ressemblant à de longues queues, d’où le nom de « queue de renard ». Elle possède en outre une saveur épicée, très appréciée. Ses feuilles se cuisinent comme les épinards. On en utilise également les graines que l’on apprête comme le quinoa, nature cuite à l’eau, ou en risotto. Mais n’allez pas vous méprendre, ce n’est pas une céréale, c’est une herbacée annuelle. Lorsque l’on compare cette minuscule petite graine avec d’autres céréales, sa richesse nutritionnelle la place loin devant, tant quantitativement que qualitativement. En effet, l’amarante contient plus de protéines que la plupart des autres céréales, notamment de la lysine, de la méthionine et du tryptophane. De plus, ses acides aminés sont plus équilibrés. L’amarante est une excellente source de magnésium, de fer, de phosphore, de cuivre et de zinc, elle est riche en potassium et en acide folique, elle contient de l’acide pantothénique, du calcium, de la riboflavine, de la vitamine B6, de la vitamine C, de la thiamine et de la niacine. Elle contient deux fois plus de fer et quatre fois plus de calcium que le blé dur. Et elle est totalement exempte de gluten! Cette information va plaire aux personnes allergiques.

Considérée pendant longtemps comme le légume du pauvre, l’amarante est digne de cette appellation qui pourrait bien la servir aujourd’hui dans le tiers monde. On peut donc dire qu’elle avait un surnom prédestiné, car elle est une vraie bombe nutritionnelle. L’amarante pourrait améliorer efficacement la nutrition dans les zones sèches et ce, de manière durable, et elle pourrait nourrir deux fois plus de personnes par unité de surface qu’une céréale traditionnelle. Cette plante extraordinaire qui nous vient du passé constitue une percée dans la lutte contre l’insécurité alimentaire du tiers monde. L’amarante génère des rendements bien plus importants que d’autres plantes à graines. Elle n’est pas exigeante, elle pousse sur le sol le plus pauvre et résiste à la sécheresse, aux parasites et aux maladies. Que demander de plus? Sa culture exige donc moins de temps et d’argent, et s’avère plus écologique que celle des plantes nécessitant des pesticides. D’autre part, sa période de maturation n’est que de 45 à 75 jours, et elle ne nécessite qu’un tiers de l’eau utilisée pour d’autres plantes à graines dans des conditions de culture similaires. Il est donc légitime de se poser la question fondamentale: mais qu’attend donc l’OMS pour en encourager la culture?

Emilie Salamin-Amar

L’Essor (avril 2014)

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