Patinoire lausannoise


PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Le report aux calendes grecques des travaux de transformation de la gare CFF de Lausanne coûtera des millions à la ville et au canton de Vaud. Berne bloque les autorisations mais la raison exacte demeure toujours inconnue.

Les édiles locaux ont-ils eu les yeux plus gros que le ventre et mis la charrue avant les boeufs, comme nous l’écrivions dans un éditorial précédent? Toujours est-il que pour distraire le bon peuple, les voilà qui annoncent la construction d’une… patinoire en lieu et place des palissades érigées pour protéger le chantier. L’argent que coûtera cette plaisanterie, nul ne semble s’en soucier. Il ne viendrait surtout à l’idée de personne de le consacrer à résoudre le problème de la mendicité et de la précarité à Lausanne.

Quelle autre ville de Suisse, voire d’Europe, en effet, compte plus de mendiants? La métropole lémanique en recense au moins un à chaque coin de rue. Tel ce personnage aperçu aux alentours de la gare CFF et qui tend la main, dodelinant du buste en chemise et… pieds nus dans le froid mordant. Comment fait-il pour tenir le coup? L’exploit sportif mérite une récompense en soi, c’est probablement ce qu’il se dit. Mais qu’en pensent les dealers qui rôdent dans le coin?

Dans l’un des passages sous-voie de la même gare CFF, ce ne sont pas les mendiants qui proposent le clin-d’œil à la misère mais des SDF. Recouverts de cartons, ils dorment toute la sainte journée le long du mur, près des casiers à bagages. Il se dégage de ces espaces où transitent des milliers de pendulaires une odeur peu invitante, il y règne une atmosphère insalubre.

Point n’est ici notre intention de d’établir une hiérarchie de la misère humaine dans une ville qui affiche de grandes ambitions touristiques. Nous nous mettons simplement à la place des citoyennes et des citoyens d’une métropole qui compte parmi les plus multi-culturelles de Suisse tout en affichant une charge fiscale élevée. Un chef-lieu qui, pour héberger nombre d’institutions sportives, a inscrit une flatteuse mais exigeante inscription sur son blason: Capitale olympique. Ces habitants, disais-je, se demandent comment leur municipalité peut tolérer sans broncher de telles disparités sociales, d’autant qu’elle arbore les couleurs de la gauche.

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2 Responses to “Patinoire lausannoise”

  1. Heizmann 5 décembre 2022 at 12:11 #

    Encore une intervention éditoriale des plus pertinentes!!! Merci et bravo!
    Il est édifiant en effet de relever la démagogie sans faille de nos édiles politiques…

  2. Yannick Le Houelleur 6 décembre 2022 at 03:50 #

    Mais en définitive, cher M. Christian Campiche, lisant votre éditorial tout à la fois talentueux et édifiant, je me rends compte que Lausanne ressemble étrangement à Paris. L’étalage de la pauvreté exacerbée par la démolition de ces palissades que sont les frontières et qui protègent notre souveraineté est la résultante d’élites gauchisantes. Jadis, la gauche était réputée défendre des valeurs sociales et culturelles et elle avait le souci du bien commun. Or, avec la désindustrialisation et l’agonie de l’agriculture au profit d’une économie axée sur les services et les activités dématérialisées jugés non polluants, la gauche a tué dans l’œuf son électorat qu’elle a dû remplacer… remplacer par des « bobos », comme on dit en France, et des minorités se croyant majoritaires parce qu’en phase de coagulation. La gauche n’incarne plus la justice rendue aux plus démunis mais bel et bien l’approfondissement d’une fracture abyssale entre le peuple et les élites, s’étant approprié celles-ci en se convertissant aux « vertus » du marché et au veau d’or du consumérisme le plus débridé. Or, le peuple existe toujours et comme il se sent trahi par la gauche il se tourne tout naturellement vers des formations politiques plus franches et plus clairvoyantes que socialistes, écolos, communistes et gauchistes de tout poil dénigrent en recourant à des insultes telles que « fachos », « collabos », etc. D’ailleurs, quels sont ceux qui, en France notamment, ont le plus courageusement contesté la « tyrannie sanitaire » adoptée par l’ensemble des pays européens? Précisément des partis très à droite – nationalistes et souverainistes – sur l’échiquier politique sensibles à l’anxiété des peuples dont ils se font l’écho des souffrances. En France, alors que le Parti socialiste, réduit à néant lors de la présidentielle et des législatives, avait opté en faveur de la vaccination obligatoire, des formations politiques telles que le RN et les Patriotes mais aussi Debout la France ont pris le risque de donner la parole aux citoyens opposés à des mesures autoritaires et mettant en péril la démocratie. Mêmes les communistes ont soutenu, en silence, le gouvernement. Conclusion: la gauche, réduite à une communauté de doux rêveurs, de citoyens aigris et de communautaristes suicidaires, a perdu toute crédibilité. Rachetée à bas prix par les forces du marché, elle méprise tout ce qui de près ou de loin « pue la pauvreté », pauvreté que par ses inconséquences et lâchetés elle a exacerbée, en particulier en méprisant les gens simples et humbles sensés avoir davantage de morale et de sens de l’honneur que les bobos et les promoteurs du communautarisme tout comme les partisans de l’individualisme.

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